Les origines psychologiques de l'impuissance

06/12/2016    Dr Kamel Abdelhak - Psychologue

Tout un chacun est exposé dans son fonctionnement sexuel à des difficultés provisoires, ou à l’opposé à des difficultés durables, qui peuvent se répercuter sur la qualité de sa vie affective, conjugale et sociale etc... Parmi ces manifestations, il en est une, connue communément sous l’appellation d’impuissance, origine de malaises, d’inquiétudes, et d’interrogation.

Il n’existe sans doute aucune déficience qui puisse susciter autant de frustration, d’humiliation, exercer autant d’effets dévastateurs que ne le fait l’impuissance.

Le terme impuissance est critiquable parce qu’il est non seulement péjoratif mais aussi impropre.

Les troubles du fonctionnement sexuel constituent des désordres psychosomatiques empêchant l’individu de pratiquer le coït et/ou d’y prendre plaisir. En réalité, chez l’homme ces phénomènes donnent naissance à trois types de syndromes : l’impuissance, c’est-à-dire l’impossibilité de parvenir à l’érection, l’éjaculation prématurée et l’éjaculation retardée ;

Dans la mesure où l’impuissance constitue simplement une détérioration de la capacité érectile du pénis, le terme “ trouble de l’érection ” serait plus exact. Toutefois, le terme “ impuissance ” est très largement utilisé et, pour éviter toute confusion, nous l’avons retenu dans l’exposé qui suit.

Les cas d’impuissance se manifestent dans des proportions très variables suivant la gravité du syndrome.

L’impuissance d’origine psychologique, dite secondaire, constitue l’une des affections que l’on constate la plus fréquente chez des patients qui, avant de connaître des problèmes sexuels, bénéficiaient d’un fonctionnement normal. Ils représentent neuf cas sur dix approximativement selon notre expérience.. En fait, on estime qu’un homme sur deux approximativement, a de manière épisodique, occasionnelle, passagère, fait l’expérience de l’impuissance; ces “ pannes ” sont considérés comme relevant d’un comportement sexuel normal.

Par contre l’impuissance organique, dite primaire, qui constitue une forme grave et chronique de ce trouble, frappant des hommes qui n’ont jamais fonctionné normalement, et que l’on considère comme la manifestation d’un état pathologique sérieux, se rencontre beaucoup plus rarement. Ils représentent un cas sur dix approximativement selon notre expérience.

L’impuissance d’origine psychique s’accompagne parfois d’un affaiblissement généralisé de la libido (énergie sexuelle) et de difficultés d’éjaculation, mais c’est la détérioration du réflexe d’érection qui constitue essentiellement la maladie. Plus précisément, le mécanisme réflexe vasculaire ne parvient pas à accumuler dans les corps caverneux du pénis une quantité de sang suffisante pour qu’il durcisse et se dresse.

L’impuissance peut apparaître à des stades divers du cycle sexuel, quelles que soient la partenaire et les circonstances.

Certains sujets peuvent fort bien, dans un contexte sexuel donné, sentir monter leur excitation et désirer un rapport sexuel : leur pénis ne se met cependant pas en érection et demeure flasque. Certains hommes ne parviennent pas à l’érection au cours des préliminaires; d’autres y parviennent sans difficulté mais la perdent par la suite, à des stades divers du cycle sexuel, c’est-à-dire juste avant la pénétration, ou au moment où a lieu cette dernière, ou encore durant le coït. D’autres sujets s’avèrent impuissants dans le coït, mais peuvent se maintenir en érection grâce par exemple à des stimulations manuelles. Certains parviennent à l’érection tout habillés, mais la perdent dès que leur organe sexuel est dénudé, visible.

D’autres s’excitent et ont une érection durant les préliminaires lorsqu’ils savent que les circonstances ne permettent pas des rapports sexuels complets, mais en sont incapables lorsque la situation rend le coït non seulement réalisable, mais inévitable. Certains ne parviennent qu’à des érections partielles, n’offrant pas une rigidité totale. D’autres sont atteints d’impuissance “ totale ”, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent atteindre une érection, même partielle, quelles que soient la partenaire et les circonstances. Chez d’autres encore, l’impuissance est liée à une situation donnée et ne se manifeste que dans des circonstances bien déterminées : ils n’auront, par exemple, aucun problème lors d’aventures passagères mais s’avèreront impuissants avec leur femme; on trouve également, plus souvent qu’on ne le croirait, des hommes incapables d’érection avec la maîtresse qu’ils adorent ou avec d’autres femmes séduisantes, tandis qu’ils fonctionnent normalement avec une épouse légitime qu’ils jugent terne et ennuyeuse, malgré l’irritation et la rancœur qu’elle suscite en eux.

Les séquelles de l’impuissance.

Il n’existe sans doute aucune déficience qui puisse exercer autant d’effets dévastateurs

- La dépression :Dans la quasi-totalité des cultures et des groupes socio-économiques, la capacité d’érection occupe une place essentielle dans l’idée que l’homme se fait de sa propre valeur et, par conséquent, la dépression, étape où l’homme doute de lui-même et se met en question, constitue couramment une séquelle de l’impuissance.

- On constate une relation de réciprocité analogue entre les difficultés d’érection et les mésententes conjugales. Il est évident que l’impuissance est susceptible d’exercer des effets extrêmement dévastateurs sur le mariage, mais elle peut aussi être provoquée par une relation conjugale destructrice. Il est donc important, lorsqu’on détermine le traitement, d’établir une distinction entre cause et effet.

- Attitudes destructrices et exigences : Certaines femmes sont, à l’égard de leur mari, des “ castratrices ”, adoptant, dans les rapports sexuels, un comportement destructeur en vue de manifester leur hostilité. Pour d’autres, profondément amoureuses et capables d’exprimer librement leur tendresse, l’impuissance du mari apparaît comme une menace : elles craignent d’être abandonnées par lui. Souvent, ces femmes essaient de satisfaire leur angoissant besoin de sécurité en exigeant de leur mari des performances sexuelles normales, créant ainsi un climat sexuel tendu qui ne fait qu’exacerber le problème.

- Déviance : Enfin, il est des hommes qui adoptent un comportement sexuel déviant du fait qu’ils s’avèrent impuissants dans des rapports hétérosexuels “normaux”.

Les causes psychologiques provoquant les difficultés d’érection : causes déterminantes immédiates

Tous les éléments s’opposant à l’abandon spontané et à la détente naturelle constituent le dénominateur commun des diverses causes qui entravent la réaction érective. Parmi ces facteurs, les plus importants sont:

- La peur de l’échec, les tensions créées par les exigences sexuelles de la partenaire et l’incapacité du sujet à s’abandonner à ses propres sensations érotiques,

Les raisons de cette tension et de ces peurs inhibitrices sont diverses : complexe de culpabilité, conflit etc. La crainte de l’échec, parfois assortie de la peur d’être abandonné par la partenaire, est considérée comme un important facteur castrateur.

- Les exigences sexuelles de l’homme peuvent également exercer des effets destructeurs sur les réactions sexuelles de la femme. En fait, les femmes ont, depuis l’origine des temps, bien plus que les hommes, souffert d’avoir à “ faire l’amour sur commande ” et ont subi les effets néfastes de cette situation.

C’est pourquoi la création d’un climat libéré de toute exigence sexuelle et propice à l’épanouissement de l’homme et de la femme constitue une tactique de premier choix dans le traitement des difficultés d’érection, aussi bien que des troubles fonctionnels féminins.

Plus précisément, le sexothérapeute tente de diminuer les pressions génératrices d’angoisse, s’exerçant sur le patient et suscitant des réactions physiologiques qui échappent à son contrôle.

En conséquence ses instructions et ses prescriptions quant à la conduite à adopter par le couple patient partenaire portent exclusivement sur des comportements volontaires.

- La troisième cause immédiate de l’impuissance est bien l’incapacité à s’abandonner à ses sensations érotiques : l’autocritique, les obsessions, les préoccupations excessives concernant les réactions de la partenaire, et la qualité de sa propre performance sont des attitudes qui, toutes, sont susceptibles d’entraver chez le patient le bon fonctionnement de ses capacités sexuelles.

Tous les éléments s’opposant à l’abandon spontané constituent finalement le dénominateur commun des diverses causes décrites ci-avant et qui entravent la réaction érective.

Les causes psychologiques provoquant les difficultés d’érection : les causes profondes

Elles ont été étudiées en particulier par trois écoles :

La Théorie relative aux conflits conjugaux : les facteurs liés aux conflits conjugaux jouant souvent un rôle capital dans la genèse de l’impuissance. Des échanges destructeurs entre partenaires aboutissent souvent à cette situation classique opposant à la femme “ “ castratrice ” sa victime, le mari impuissant. L’impuissance constitue un phénomène physiologique inséparable d’une excitation affective pénible; la partenaire sexuelle se trouve donc dans une situation privilégiée pour susciter ces émotions pénibles.

Il s’ensuit qu’on peut obtenir d’excellents résultats thérapeutiques en modifiant les rapports conjugaux, destructeurs sur le plan érotique, entre le patient impuissant et sa partenaire. Toutefois, la femme n’est pas toujours “ la coupable ”. Lorsque ses propres besoins psycho-sexuels sont satisfaits, qu’elle se sent sûre d’elle et désirable, la femme la plus castratrice peut se transformer en la plus dévouée des femmes.

La Théorie comportementale : la phobie sexuelle

Dans un sens, toutes les causes d’impuissance mentionnées ci avant impliquent un apprentissage défectueux. Le patient dont l’impuissance est due à un conflit oedipien a appris, étant enfant, à craindre toute manifestation sexuelle; le mari malheureux apprend à éviter l’angoisse que suscitent les rapports destructeurs qu’il entretient avec sa femme par un refus catégorique de toute sexualité.

Des phobies sexuelles particulières peuvent toutefois jouer également un rôle dans certains cas d’impuissance. Chez certains impuissants, par exemple, les organes génitaux féminins, ou certaines de leurs caractéristiques, sécrétions vaginales, odeur etc, font l’objet d’une véritable phobie.

Des techniques variées ont été mises au point pour venir à bout de telles phobies.

La Théorie psychanalytique : le conflit oedipien

Les conflits psychiques inconscients, prenant racine dans un complexe d’Oedipe non résolu, ainsi que les frayeurs et les complexes de culpabilité suscités par la sexualité qui les accompagnent, interviennent couramment dans la genèse des difficultés d’érection. Selon l’hypothèse oedipienne, le complexe de castration, inconscient, constitue la principale cause de l’impuissance. Plus précisément, les partisans de cette théorie posent en principe que durant l’évolution du complexe d’Œdipe (entre trois et cinq ans), le petit garçon veut posséder sa mère ; le père, faisant figure de rival détesté.

Dans ce contexte conceptuel, l’impuissance peut être considérée comme un mécanisme de défense névrotique s’opposant à l’émergence de ces pulsions inacceptables. La théorie psychanalytique pose également en principe que pour remédier à l’impuissance, ces conflits inconscients doivent être résolus grâce à la méthode de l’analyse. Selon une autre hypothèse, l’impuissance ne doit pas être considérée comme un mécanisme de défense destiné à écarter l’angoisse, mais plutôt comme un phénomène physiologique inséparable de l’angoisse.

Aspects de la démarche thérapeutique

En ce qui concerne l’impuissance, l’ampleur aussi bien que l’orientation de la démarche thérapeutique varient considérablement en fonction des problèmes psychologiques particuliers à chaque cas. Dans certains cas, les expériences sexuelles prescrites et les conseils suffisent à permettre au couple de restructurer ses échanges sexuels de manière à créer un climat suffisamment détendu pour faire cesser l’impuissance du mari. Dans d’autres, il convient de traiter les angoisses du patient au niveau psychologique. Dans d’autres encore, il est indispensable, pour obtenir des résultats positifs, de recourir à un traitement extensif portant sur la relation du couple ou à une thérapie du comportement.

Les succès de la thérapie sexuelle face à l’impuissance

On estime généralement que les chances de succès du traitement aussi bien que d’amélioration spontanée sont d’autant plus fortes que le symptôme s’est manifesté plus récemment. Les chances de guérison sont également bien meilleures dans le cas d’impuissance d’origine psychologique dite secondaire qu’en ce qui concerne l’impuissance organique dite primaire, cette dernière étant plus souvent que l’autre liée à de graves problèmes psychiatriques sous-jacents ou à des désordres endocriniens. Il est évident que si l’impuissance peut s’accompagner, dans certains cas, de perturbations psychopathologiques sérieuses, bon nombre d’hommes qui en sont affligés apparaissent néanmoins sains sur le plan psychologique.

Il semble bien établi que, dans le cas de patients atteints d’impuissance secondaire mais par ailleurs en bonne santé, la thérapie sexuelle offre de grandes chances de succès. De plus, ces chances augmentent considérablement lorsque la partenaire du patient se montre coopérative. La majorité de ces patients sont guéris de leurs troubles de l’érection après un nombre de séances thérapeutiques allant de quatre à dix, ou après un traitement s’étendant sur une période variant de deux à dix semaines.

Dans d’autres cas, le traitement n’amène qu’une amélioration, c’est-à-dire que les échecs se produisent moins fréquemment. Enfin, le traitement accéléré de l’impuissance semble garantir une guérison permanente dans la mesure où les conditions dans lesquelles vit le patient demeurent relativement stables.

Ainsi, le trouble de l’érection d’origine psychologique est une vraie pathologie aux multiples répercussions psychologiques et relationnelles. Aujourd’hui, face à cette pathologie, la thérapie sexuelle obtient des succès incontestables mettant fin aux désespoirs des patients frappés par ce trouble.

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